Médias - Marx et Internet, même combat

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Médias - Marx et Internet, même combat

Messagepar sanal » 03 Juil 2007 23:08

Bonjour*

Avec la nouvelle génération d'Internet, le Web 2.0, la «révolution citoyenne», comme on dit, tout le monde peut s'exprimer sur les blogues et fabriquer son propre journal, ses propres vidéos, ses propres oeuvres d'art. C'est la grande démocratisation, le pouvoir au peuple. La culture passe maintenant par YouTube et Wikipedia.

Ah oui? Andrew Keen, lui, n'est pas très d'accord. Il vient de publier chez l'éditeur Doubleday The Cult of the Amateur: How Today's Internet is Killing our Culture.

Le livre est paru depuis à peine deux ou trois semaines, mais déjà il est chaudement discuté sur Internet et dans les médias traditionnels. L'auteur est sommé de s'expliquer dans différentes émissions aux États-Unis.

Pour l'auteur, la démocratisation du Web est une «honte», dit-il, qui mine la vérité, l'expérience et le talent.

Sa définition de ce que l'on trouve sur Internet: «une infinie forêt numérique de médiocrité», où s'empilent des commentaires politiques uniformes, des vidéos maison sans aucun intérêt, de la musique d'un amateurisme embarrassant, et des essais et des poèmes illisibles.

Ses idées forcent l'attention -- et soulèvent la controverse -- parce que l'on peut difficilement l'accuser d'être un vieux croulant déconnecté des nouvelles réalités technologiques. Britannique d'origine, âgé d'environ 45 ans, avec des formations universitaires en histoire et en science politique, il est devenu Californien dans les années 90, s'installant dans la Silicon Valley, créant un site Internet remarqué à la fin des années 90, Audiocafe.com. Il écrit dans des magazines et des journaux, il tient son blogue, et il est l'hôte d'une émission de télévision sur Internet, AfterTV.

L'idée d'écrire ce livre lui est venu à la suite d'un texte qu'il avait publié en 2006 dans le Weekly Standard. Dans ce texte, Keen établissait un parallèle audacieux entre le marxisme et Internet. En gros, il soutenait que le culte actuel du Web 2.0 s'apparente à la façon dont Marx a séduit toute une génération d'idéalistes européens, avec le fantasme de se réaliser soi-même par l'utopie communiste.

Andrew Keen semble beaucoup se préoccuper la culture, de sa diffusion, et des «hiérarchies culturelles», si l'on peut dire. L'aspect égalitaire d'Internet, où tout se vaut et où tout est placé sur le même plan, lui semble dangereux, avec toute cette consommation de niaiseries sur YouTube, et cette culture du clip où l'on n'a plus accès aux grandes oeuvres dans leur intégralité.

Il s'en prend particulièrement à Wikipedia. Non seulement on ne sait pas qui écrit les articles, mais cette encyclopédie est devenue la référence de toute une génération, alors que «ça ne vaut pas mieux que ''Trivial Poursuit"», dit-il, avec plein d'erreurs, de demi-vérités et d'incompréhensions. Il cite d'ailleurs le cas d'un expert de Cambridge, spécialiste reconnu du réchauffement climatique, qui s'est adressé à Wikipedia parce qu'il avait décelé des erreurs dans un texte sur le sujet. Ce chercheur s'est fait accuser de vouloir faire censurer des points de vue opposés aux siens, ce qui a scandalisé Keen, qui fustige le fait que Wikipedia accorde le même poids à un badaud anonyme qu'à un expert reconnu.

La recherche véritable nécessite des exigences, dit-il, et tout le monde ne peut pas être un expert. Le travail de création nécessite lui aussi exigence et temps, ce qui semble incompatible avec la vogue actuelle de l'amateurisme, où tout le monde est considéré comme étant génial en s'exprimant deux minutes, et où MySpace est le symbole du «narcissisme culturel» des jeunes, dit-il. Il faut défendre les productions culturelles produites par de véritables professionnels, et il faut défendre les médias traditionnels rigoureux, soutient-il.

Cet iconoclaste se fait évidemment traiter d'élitiste. Il est pris à partie par plusieurs blogueurs. Participant récemment à une séance de clavardage sur le site d'un grand média, il affirmait que nous avons besoin d'une élite culturelle qui est véritablement payée à sa juste valeur, pour produire de façon indépendante du contenu culturel. Interrogé sur le fait qu'il participait lui-même à un chat, il a répondu que «les idéalistes du Web veulent que je donne gratuitement mon contenu», alors que, justement, il participe au chat pour mieux faire connaître ses idées... et faire en sorte que les gens achètent son livre.

Ses idées ne sont pas exemptes de contradictions. On pourrait soutenir qu'Internet est aussi un formidable outil de diffusion des idées en tous genres, une incroyable encyclopédie mondiale permanente, un nouvel outil de communication d'une rapidité jamais vue, et bla bla bla. Mais j'ai l'impression que sa critique du Web 2.0 est surtout une saine réaction devant un péché courant dans le domaine des nouvelles technologies, celui d'élever au rang de religion toute nouvelle transformation, et de crier sans arrêt à la révolution. D'où, probablement, le lien avec Marx...

Mais on ne peut pas écarter son analyse économique. Lorsque qu'il évoque le déclin de la vente de musique, la fermeture des librairies indépendantes et la mise à pied de centaines de journalistes dans les médias traditionnels, c'est pour s'en prendre à l'idée que le consommateur puisse avoir accès à l'information et à la culture gratuitement, sans toujours bien se rendre compte que cette culture et cette information ont un prix. «Si nous continuons à payer les films et la musique, nous aurons une culture vivante», écrit-il. Ce n'est pas l'Union des artistes qui le contredira, puisqu'elle mène actuellement une bataille pour faire en sorte que les créateurs soient payés à leur juste prix lorsque l'on utilise leurs oeuvres sur les nouvelles plates-formes technologiques.
Sources: ledevoir.com

* Edit/_DELL_
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Messagepar Revjones » 04 Juil 2007 06:14

Il n'a pas totalement tort, car depuis que le premier demeuré venu peut s'exprimer comme et où il l'entend sur le web on assiste à un grand nivellement par le bas, il n'y a qu'à jeter un oeil sur les commentaires d'IMDB (Superman pwns Spiderman LOLZ!!!!1111) ou n'importe quel site qui touche à des sujets populaires pour s'en convaincre. Sans même parler des Myspace et consorts. Mais, par bonheur, le contenu valable n'a pas disparu, il donne juste l'impression de s'être raréfié sous des tonnes d'immondices. Alors effectivement, appeler cela une révolution...

Something Awful s'est fait une spécialité d'écumer les forum et d'en extraire les exemples les plus parlants (en anglais). Parce que ça vaut mieux qu'un long discours:
http://www.somethingawful.com/d/weekend-web/index.php

Dans le prolongement, un questionnement sur le ton de l'humour sur pourquoi Time Magazine a élu "personnalité de l'année" les internautes. Il y a un petit fond de vérité :)
http://www.somethingawful.com/d/news/ho ... r-2006.php
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